Le 14 juillet 1789, les Révolutionnaires français prenaient d’assaut la Bastille. Mais comment en est-on arrivés là ? Dans l’Eure comme ailleurs, au printemps 1789, la colère gronde… les cahiers de doléances locaux, consignés aux Archives départementales, racontent le quotidien et les revendications des Eurois de cette époque clé. Dans les années 1780, à la veille de la Révolution française de 1789, le royaume traverse une crise politique grave : « Les récoltes de 1788 ont été très mauvaises, et le prix du grain – et du pain, fatalement – est très élevé, retrace Marie Taupiac, directrice des Archives départementales de l’Eure. Les gens ont de moins en moins de moyens de subvenir à leurs besoins. En clair, on meurt de faim. » On demande son avis… à la moitié de la population Alors que le royaume est fortement endetté par les guerres, que l’inflation fait rage et que la détresse et la contestation prennent de l’ampleur, le roi Louis XVI décide de convoquer les États généraux : « La première étape de ce dispositif ancien, qui n’avait pas été utilisé depuis des années, est de recueillir les avis de la population, par le biais des cahiers de doléances. » Des assemblées sont alors réunies dans chaque « bailliage » (circonscription), où chacun peut s’exprimer – enfin, seulement les hommes ! « La société est alors répartie en 3 ordres : clergé, noblesse et tiers-état. Ce dernier représente 97% de la population. Chaque ordre a son assemblée, et les revendications de chacun sont consignées afin d’être remontées jusqu’au roi. C’est une première », explique Marie Taupiac. Quelles revendications reviennent le plus souvent dans l’Eure ? En feuilletant les cahiers du tiers-état eurois, on peut ainsi comprendre les demandes de nos ancêtres : « On y trouve essentiellement une aspiration à une société plus juste », résume la directrice des Archives euroises. Cela passe par la suppression de certains privilèges nobiliaires et droits seigneuriaux, comme les banalités : « Le seigneur était propriétaire d’un four ou d’un moulin… et la population devait payer pour s’en servir. Le grain vous a donc déjà coûté très cher, et il faut payer pour pouvoir le transformer en pain ! » En épluchant les cahiers d’Évreux, de Gisors et d’ailleurs, des revendications reviennent. Suppression des lettres de cachet, qui pouvaient envoyer n’importe qui en prison sans procès ; actions pour protéger la population des inondations récurrentes ; meilleure répartition de l’effort fiscal entre les trois ordres… Du côté de la noblesse et du clergé Du côté des autres ordres, dans le bailliage d’Évreux par exemple, le clergé souhaite surtout maintenir la religion catholique comme religion d’État. Côté noblesse, on est parfois surpris : « La noblesse souhaite garder des privilèges d’ordre symbolique. Mais elle est moins attachée que ce que l’on pourrait croire à ses privilèges financiers. À l’époque, les nobles, du moins ceux qui écrivent dans les cahiers de doléances, sont déjà appauvris du fait de l’émergence de la bourgeoisie. Et ils sont très empreints de l’esprit des Lumières, ce qui les rend sensibles aux revendications du tiers-état. » Toutes ces revendications ont été synthétisées puis remises aux députés de chaque ordre. Les États généraux, convoqués à Versailles, se déroulent dans un contexte explosif, jalonné d’émeutes et de révoltes. Le 14 juillet 1789, la prison de la Bastille tombe. La Révolution française ne fait alors que commencer ! Pour aller plus loin 💡Les Cahiers de doléances eurois de 1788-1789, numérisés, sont en libre accès sur le site des Archives départementales de l’Eure : archives.eure.fr.