L’affaire n’a pas trainé, en à peine, 30 minutes, deux attachés de presse s’étaient penchés sur notre demande et hop, nous disposions d’un numéro de téléphone et d’un rendez-vous pour appeler Lionel Liminana. Avec sa femme Marie, il forme, depuis 2010, un duo d’artisans stakhanovistes (10 albums sans compter les projets parallèles). The Limiñanas, sûrement ce qui est advenu de mieux à la musique rock hexagonale depuis un long moment. Il est 10h30, deux sonneries et comme convenu l’entretien peut débuter : « Bonjour, c’est le Deux Sept à l’appareil… »
Sur cette tournée, vous avez embarqué Keith Streng, le légendaire guitariste des Fleshtones. Pourquoi, comment ?
« Tout d’abord avec Marie, nous sommes des fans de la première heure des Fleshtones. Keith était mon « Beatle » préféré, aussi je me plaçais dans la fosse face à lui pour le dévorer des yeux… et des oreilles. Je lui ai piqué tellement de plans de guitare, notamment celui de The Dreg. Didier Wampas a servi d’intermédiaire. Après un passage à la maison, on lui a proposé de faire quelques dates. Keith s’est montré super enthousiaste, aussi l’a-t-on embauché sur la tournée. Il reste ce diablotin qui saute partout quand je suis statique en quête de lâcher prise, de sensations électriques. »
Vous ressemblez un peu à un sélectionneur de l’équipe de France sur vos disques avec des invités prestigieux qui viennent prêter/donner leur voix ?
« Ce n’est pas du tout prémédité. Il faut revenir à notre manière de composer. Avec Marie, la musique, c’est notre quotidien. On bosse du lundi au vendredi et on essaie de relâcher le week-end. Bref, je travaille sur des grilles primaires. Si la mélodie nous convient. Je passe à l’écriture de texte. On envoie ensuite les « tracks » à droite ou à gauche, comme des bouteilles à la mer. Pour Faded, nous avions un fil conducteur les actrices disparues. Avec Marie, nous sommes cinéphiles, voir « cinéphages ». Le point de départ de l’album, c’est un film avec Cyrielle Clair et on s’est demandé ce qu’elle était devenue. On voulait évoquer ces actrices qui ont jalonné notre vie et notre imaginaire. Pour revenir à la question, on jette donc les bouteilles à la mer et elles nous reviennent avec des beaux trésors. »
Êtes-vous parfois surpris par le résultat ?
« Oui, bien sûr, c’est d’ailleurs ce qui exaltant dans ce processus de création. Il y a comme une prise de risque de confier « le bébé », et le plaisir de découvrir qu’est-ce que la personne convoquée va en faire. Dans le cas de Bertrand Belin, il amène toujours la musique vers des endroits que l’on ne soupçonnait pas. On adorerait faire un disque entier avec Bertrand. Un jour, nous parviendrons à la convaincre… ou à l’attacher dans notre studio. »
Comment effectuez-vous l’adaptation pour la scène ?
« Vers la fin de l’enregistrement, nous commençons à bosser en prévision de la tournée. Nous essayons d’intégrer la moitié des titres du nouvel album. Nous avons la chance d’avoir un public assez fidèle aussi essayons-nous de présenter un show toujours un peu différent. Comme nous ne jouons pas le disque note à note, il y a des morceaux qui fonctionnent en live et d’autres non. Des chansons sortent de la playlist, d’autres font leur entrée. Ainsi, sur cette tournée, on a retiré Dimanche, mais pour la1ʳᵉ fois, on a trouvé les bons arrangements pour Je Ne Suis Pas Très Drogue. »
Comment vont et viennent les chansons d’une tournée à l’autre ?
« Il y a l’envie d’abord et essentiellement. Le groupe réuni pour la tournée décide de beaucoup de chose. Ça faisait un moment que nous avions envie de reprendre un titre de Suicide. Avec Je M’En Vais, j’avais honteusement piqué un plan à Suicide. Là, en répétant, on a trouvé le moyen d’enchaîner Je M’En Vais et Rocket USA pour en faire une longue sortie. Ça collait bien, on s’est dit pourquoi pas. On passe vraiment beaucoup de temps sur le tracklisting d’une tournée. On ne prend pas l’affaire à la légère. Il n’y a pas grand-chose en musique qu’on prend à la légère. »
Comment se déroule votre journée idéale ?
« On a deux studios à la maison, un petit dans le salon, un plus garni dans la cave. C’est cool et piégeux à la fois. Je me lève avant 5h du matin, je regarde un film avec une guitare entre les mains. J’essaie de finir le morceau travaillé la veille. On bosse ensuite avec Marie jusqu’au déjeuner. On fait un break en début d’après-midi. Marie s’occupe de l’administratif, ce n’est pas rock & roll mais indispensable à la vie du groupe. Enfin, à chaque début de soirée, et c’est une tradition depuis toujours, on regarde un film en famille. »
Excusez-moi de la comparaison, mais entre Marie et vous, il y a du Ivy & Lux…
(il coupe) « Oulala non. Jamais, nous n’oserions nous comparer à ces personnages de légende. »
Vous partagez un amour de jeunesse qui dure, un engagement dans la musique, la passion « des » cinémas…
« Non, la comparaison est beaucoup trop haute pour nous. Nous sommes dans la position du fan quand on pense aux Cramps. D’ailleurs, c’est amusant que vous évoquiez Ivy & Lux, en ce moment, je suis en pleine période Cramps avec Songs The Lord Taught Us et Psychedelic Jungle. Dans la voiture, j’enchaine les deux disques sans discontinuer.”
Mercredi 15 octobre, 20h, au Kubb, à Évreux, en première partie Maxwell Farrington & Le SuperHomard.
Top 3 sur la platine de The Limiñanas
Poser la question des disques sur la platine à Lionel Liminana est le meilleur moyen de balayer en 15 minutes bien tassées l’histoire du rock. Le guitariste et architecte de The Limiñanas s’élance sans filet mais avec moult détails et anecdotes. Cramponnez-vous !
The Stooges : Fun House
« La 1ʳᵉ fois que mon frère a posé ce disque sur la platine, j’ai ressenti une déflagration. Et j’éprouve toujours la même sensation. Je ne vois rien d’aussi sauvage et élégant que Fun House. Attention, pour moi, les Stooges, c’est avec Ron Asheton à la guitare. »
The Rolling Stones : Let It Bleed
« Il y a des disques que l’on écoute à l’adolescence et qui vous marquent à vie. C’est le cas de Let It Bleed. Jamais plus les Stones n’ont sonné aussi bien que sur cet album parfait. Il commence avec Gimme Shelter pour se terminer avec You Can’t Always Get What You Want, qui dit mieux ? »
The Seeds : The Seeds / The Velvet Underground
« Impossible de les départager. Je n’ai pas grand-chose à dire d’original sur la « banane » du Velvet, un disque qui change la vie de ceux qui l’écoutent. J’ai beaucoup d’affection pour The Seeds et Sky Saxon. Psychédélisme et garage sont réunis pour le meilleur. »