A l’aérodrome de Saint-André, regard tourné vers le ciel, Stéphane Fermé, alias Steff, pilote son cerf-volant à la manière d’un chorégraphe. Que ce soit avec des cerfs-volants deux lignes ou quatre lignes, il exécute les mouvements d’une manière précise et rapide pour faire virevolter tout là-haut son danseur de papier.
Derrière ce geste en apparence simple se cache un champion. « C’est une passion avant tout. On y passe du tout. On découvre, on teste, on progresse… et surtout, on partage avec ceux qui savent faire », confie-t-il avec enthousiasme.

Non, le cerf-volant n’est pas qu’un loisir de plage. « Quand les conditions sont bonnes, ça paraît facile. Mais dès que le vent devient capricieux, il faut vraiment s’adapter, donner de l’énergie, comprendre ce qui se passe là-haut », explique-t-il. Une discipline où sensations et techniques ne font qu’un.
« On sent le vent derrière les oreilles, dans les mains… ça tire, ça vit. Ça demande du travail et de passer du temps à l’extérieur, la tête vers les nuages. »
Stéphane sait de quoi il parle : champion du monde de freestyle en 2005, quadruple champion d’Europe et plusieurs fois titré en France, il fait partie des références de la discipline. En compétition, le spectacle est millimétré. « On compare souvent les championnats de cerf-volant au patinage artistique. On a des figures imposées, très précises, où les juges regardent si tout est parfait. Ensuite, on a une routine libre pour montrer ce qu’on sait faire, prendre des risques. Et enfin, le ballet sur musique. Là, on fait danser le cerf-volant. »
Un moment magique, autant pour le public que pour les pilotes. « On essaie vraiment de coller au rythme, de créer une chorégraphie. C’est un mélange de techniques et d’émotion. »

Mais ce qui fait courir Stéphane, au-delà des titres, c’est cette sensation unique d’évasion. « C’est un rêve d’enfant. J’ai l’impression de voler, sans quitter le sol. » Une passion qu’il a pourtant découverte tardivement. « J’ai commencé adulte, grâce à mon métier d’animateur auprès d’enfants. Ce sont eux qui m’ont transmis le virus ! »
Depuis, les souvenirs s’accumulent. Le plus marquant ? « La Coupe du monde 2005, au Cap d’Agde. On a gagné en duo avec mon ami Roger, sur une musique rock. Le vent était compliqué, mais on a tout donné. C’était incroyable. » À l’inverse, certains moments rappellent que le vent reste imprévisible : « Une fois, en pleine compétition, une barre a cassé… et là, c’est terminé. »
20 ans après son titre mondial, l’envie est toujours là. « Je me prépare aux prochaines compétitions européennes. Est-ce que je peux encore gagner ? On verra… » lance-t-il avec un sourire.
Pour l’avoir testé avec plus ou moins de réussite, une chose est sûre : avec Stéphane, le cerf-volant n’est plus un simple jeu. C’est un art, une performance… et une belle leçon de liberté.
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