Olivier de Sagazan a fait de son corps son instrument de travail, comme une toile qu’on façonne ou un matériau que l’on sculpte, sans relâche pour atteindre quelque chose d’inédit, presque transcendantal. « Toutes mes créations sont liées au corps, que ce soit dans la peinture, la danse, la sculpture. Je transmets des émotions à l’opposé du dualisme entre le corps et l’esprit. »
Dans son dernier spectacle Toujours, jamais, Olivier de Sagazan prouve littéralement qu’il est un colosse aux pieds d’argile. Pas seulement les pieds d’ailleurs mais tout le corps en est recouvert. « C’est un tournant dans ma création. L’idée est de lancer mon corps dans la bataille, d’y mettre de la vie à l’intérieur. »
L’idée lui est venue un jour de 1998, lors de la réalisation d’une sculpture. N’arrivant pas à lui donner vie, il met alors sa tête dans l’argile. « En voyant le résultat dans le miroir, j’ai vu un visage incroyable, comme une peinture de Francis Bacon. Ce fut le début d’une démarche qui m’a fait passer de peintre sculpteur à performeur danseur. En dansant, on fait apparaitre des gestes sur une peinture. »
Approcher l’alien en nous
Ces performances scéniques naissent de réflexions métaphysiques sur la question de sa propre existence comme de celle de toute chose. « Quelque chose nous échappe dans l’univers. Comme dans Matrix, j’ai parfois la sensation que le réel n’est qu’illusion. Mais tout nous pousse à revenir à une forme de pragmatisme pour répondre à nos pulsions. »
Avec ces expériences scéniques, l’artiste interroge le corps, l’expérimente à la façon d’un scientifique et teste ses limites pour mieux les connaître. « Pour comprendre notre identité, il faut défigurer notre visage pour mieux approcher cet alien qu’on porte en nous. »
S’impose-t-il des limites dans l’expérimentation de son propre corps ? « Oui mais je les repousse le plus loin possible. Des attitudes extrêmes vont révéler des choses inhabituelles. Tout notre corps est mis en tension. Quand je mets 30 kg d’argile sur moi, en plus de la suffocation, j’atteins des états proches de la transe. » Cela donne un spectacle étonnant qui interroge sur sa propre relation au corps.
Le 29 janvier. Le Kubb, Évreux. Tarifs : de 5 à 20€.
Réservation : www.letangram.com