Son approche de la création est profondément personnelle et dénuée de l’ego conventionnel de l’artiste. Pour elle, il est essentiel que ce ne soit pas elle qui « peigne », mais plutôt une force intérieure, une « arrière-boutique », afin d’éviter les « biais de désirabilité » et la peur de mal faire ou de gâcher la toile. Elle a même élaboré des “protocoles” et un “rituel d’entrée en créativité” pour “éteindre” ces interférences.
Son rapport au mot “art” et « artiste » a été complexe. Fille, petite-fille et arrière-petite-fille d’artisans, elle trouvait le terme « prétentieux ». Cependant, elle a réussi à reconstruire sa propre vision de l’art, remontant jusqu’à l’Homo sapiens sapiens, pour qui créer des peintures rupestres ou des sculptures était “juste normal”. Cette vision ancre l’acte créatif dans la nature humaine fondamentale.
« Un pâtissier pâtisse, un artiste crée »
Son cheminement artistique a été marqué par des figures bienveillantes. Son père lui a offert jeune une boîte de peinture à l’huile. Mais c’est une phrase de son grand-père, lui-même peintre, prononcée quand elle avait 7 ans, qui l’a particulièrement hantée : « Quand tu seras grande, tu vendras tes tableaux. » Malgré ce soutien, Emma Poppy confie souffrir du « syndrome de l’imposteur », qu’elle considère comme inhérent au métier d’artiste..
Pour Emma Poppy, la créativité est une force puissante : « Quand tu es créatif, c’est une malédiction si tu n’en fais rien. Si tu en fais quelque chose, eh bien ça devient un superpouvoir. » Elle compare l’artiste à un marin qui navigue ou à un pâtissier qui pâtisse : « Un artiste crée, peint ou sculpte, point barre ! »
Aborder le côté commercial de l’art nécessite, selon elle, d’être « un peu de schizophrénie. » Il faut vivre sa partie d’artiste pur tout en étant chef d’entreprise. « Je ne vends rien à personne, je laisse les gens venir à moi. Tenter de peindre en espérant une vente est un poison mortel. »
Elle attend les commandes… et aussi une réponse positive de l’autre côté de l’Atlantique. Ainsi, Emma Poppy est également en sélection pour le festival de street art de Miami, espérant concrétiser un “graff” en décembre.
Le verbatim d’Emma Poppy
Famille : « J’ai eu de la chance quand même parce que j’ai eu une famille, notamment un papa qui, quand j’étais petite, a eu un regard bienveillant sur ce que je pouvais produire. »
Personnalité : « Pour moi, il y avait un truc hyper prétentieux. Et j’ai dû fragmenter complètement et me refaire ma propre réalité, ma vision de ce que c’est l’art. C’est un exutoire. Je m’invente des trucs, c’est des petites aventures. »
Lâcher prise : « Il faut que j’arrête de trouver des prétextes, d’avoir peur. Si ça rate, ça rate, c’est bon, je ne vais pas mourir. »