A l'approche de l'automne, l'Arboretum du Domaine d'Harcourt se pare de dentelles pour se refaire une beauté. L'artiste Marjolaine Salvador-Morel a investi le jardin blanc du Domaine pour y installer 8 sculptures de dentelles à l'aiguille réalisées avec du fil de nylon et des boules de verre. Ces oeuvres singulières, installées dans les arbres ou à hauteur d'homme, représentent des akènes, des graines de pissenlit qui se fondent dans le paysage et qui offrent un spectacle saisissant portées par la lumière automnale. "J'aime dialoguer avec le lieu. Même si ces oeuvres étaient déjà existantes, leur présence ici était comme une évidence", souligne l'artiste.

Le travail de la dentelle, Marjolaine le maîtrise sur le bout des doigts depuis toute petite grâce à une mère dentellière, fondatrice du Conservatoire de la dentelle de Bayeux. Elle s'initie à la dentelle au fuseau dès l'âge de 6 ans puis au lycée, elle suit un cursus en arts appliqués. Elle se dirige alors vers l'enseignement, s'éloignant un temps de la pratique de la dentelle, très proche du sacré et du religieux, mais l'amour du geste la ramène vite à sa passion. "Ce qui m'intéresse dans la dentelle, c'est le dessin avec des courbes, très proches du végétal. Je me suis alors réconciliée avec la dentelle à l'aiguille." Meilleur ouvrier de France en dessin pour dentelle, elle décide de forger son style et de se libérer de la technique pure pour créer de véritables sculptures en 3 dimensions. "Je me suis rendue compte que j'avais appris mécaniquement la technique telle qu'on me l'avait enseignée. Maintenant, je mets de la passion dans mon art. Ça change tout", ajoute-t-elle. Elle est intarissable sur ses inspirations dont elle puise les sources aussi bien dans la botanique (elle est actuellement en résidence d'artiste au Museum d'Histoire Naturelle de Paris), dans l'art de la Renaissance avec la quête du nombre d'or, dans le spirituel...
Depuis 2004, elle travaille le fil de nylon qui donne à ses oeuvres une transparence et une plus grande facilité d'obtenir des courbes. Le résultat est saisissant. Chacun pourra y voir tantôt une toile d'araignée, tantôt une méduse, tantôt un être céleste, "pour rendre invisible le visible aux voyants".